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Bernard Jakobiak

 

 

 

photosJakobiak

 

 

Bernard Jakobiak vit actuellement à Montpellier et dans les Cévennes, au pied de l'Aigoual. Amoureux de la langue française depuis bien cinquante ans, il a évité toutes les modes jusqu'à se retrouver chaque fois marginal, avec cette nécessité d'écrire qui perdure. Il n'a pas échappé au fanatisme poétique dans les années 60 au Maroc où il a participé au "comité d'action" de la revue "Souffles" de Rabat  et il a gardé la nostalgie de la faculté d'écoute de la poésie des jeunes de Fès. Etrangement, il a été tout à fait apprécié depuis quelques années par l'équipe et les lecteurs de la revue "Souffles" de Montpellier. Après avoir dirigé la revue "Barbare" dans laquelle les poèmes voulaient changer la vie, il a expérimenté l'impasse des révoltes et du même coup il a rejoint en lui, le goût de l'inconnu, de l'inconnaissable, du toujours neuf. Le parcours a été long mais viable grâce à l'amour. Il a compris d'où lui venait la soif. Il a continué a vouloir aller jusqu'au bout. Et il a été ordonné prêtre de l'Eglise Orthodoxe de France, pour la paroisse de la Théophanie à Montpellier, en 1996. Cécile et lui ont quatre enfants et neuf petits enfants. Il enseigne la théologie à l'Institut orthodoxe Saint Denys à Paris. La nécessité de la poésie n'en demeure pas moins. Le poème qui pousse aux limites les possibilités de la langue et de la pensée, devient témoignage désintéressé, gratuit et audible avant d'être éventuellement relu : il propose.

 

Il dit admirablement : "Chacun est l'océan des terres de sa soif". J'ai découvert Bernard Jakobiak grâce à la monographie que lui a consacrée Jean-Luc Maxence dans la collection "poètes trop effacés" aux éditions du Nouvel Athanor. Une parole merveilleusement tendue vers l'autre (qu'il soit homme, femme  ou Dieu). Une générosité rare et authentique.

 

 

Elle pourra venir

 

 

 

Ma vie est traversée par tes yeux qui regardent

la vie en sa fécondité.

 

La montagne a l'emprise de la main qui caresse.

Tout est courbes sans fin et les arbres deviennent

la toison du mystère.

Le torrent, les cascades vont emporter les pierres.

La paroi de granit émet un sifflement

de blocs jusqu'au glacier.

La nuit pourra venir.

La paroi est à neuf.

Les prises ont gardé l'empreinte du désir.

Un lys sur un replat, donne le goût du ciel.

L'espace est vertical et le parcours, une onde

à quoi toutes les vagues des océans aspirent.

L'effusion des feuillages dans le regard, protège

l'éclosion, l'or en germe, tous les fruits à venir.

 

 

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grand ouvert

 

 

 

La nuit d'une hirondelle a préparé le cri

dont l'aube est le secret.

Le ciel sera strié au-dessus des vacarmes,

par la joie sans bagage.

Il s'agissait de voir, d'avoir à survoler.

 

 

Le chemin des lointains que je vois en voyage,

est le lys de lumière sur le champ des ténèbres

quand l'électricité claironne et assombrit.

La nuit d'une forêt s'en vient couver les germes

mais les feux de broussailles cultivent l'étincelle.

On vend à la criée des ombres sous leurs masques.

Les regards se détournent, crient sans plus rien nommer.

Le chemin des lointains est le lys de lumière.

 

 

Un vigoureux refus met debout et l'écoute

va laisser place.

Rien ne viendra miner la victoire à rejoindre

dont la brise est baiser après tous les combats

des fauves et des rêves, quand des pouvoirs prétendent

instrumenter l'azur.

 

Le voyage a le goût d'une enfance remise

et tous les souvenirs veulent meubler le vide.

La maison du retour deviendrait le musée

personnel.

L'ermite en son espace, approfondit le manque.

Le refus de la fuite ira ouvrir l'esprit

et les yeux qu'on ignore, s'en iront recevoir

le baiser de lumière.

Les ombres vont mourir et les murs, s'écrouler.

 

 

 

****

 

le recoin

 

 

 

Jusqu'aux rugissements, le corps est allé voir

la guerre intérieure où la victoire est joie

à voix forte,

éclat,

où la virilité a traversé le mur,

découvert le rivage où respirer.

 

 

J'écoute le recoin de l'ombre

où venait se nicher le germe d'où je viens.
J'entends tisser les jours où j'allais traverser

les fougères humides,

les brassées de pollen et ces rugissements

dont je porte le goût jusqu'à les dépasser

dans l'écoute du chant des hommes et des anges.