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Bruno Sourdin

 

 

 

photo Bruno

 

Pour commencer à lire et découvrir Bruno ce lien YouTube avec un superbe texte :

 

 

 

Poète collagiste né en 1950. Journaliste dans un grand quotidien. Vit à Saint-Lô (Manche).

Dernières publications : Migrations (Gros Textes, 1999) ; Hazel (Les Deux-Siciles, 2005) ; Vingt-deux syncopes de Paris (La Vie secrète des mots, 2006).

 Il est aussi l’auteur de la première étude sur le poète Beat français Claude Pélieu, qui fut son ami : Claude Pélieu & Mary Beach, mille milliards de collages (Les Deux-Siciles, 2002).

 J'ai rencontré Bruno sourdin en 1975 à Saint-Lô où je venais de m'installer pour le pire.

Il avait alors publié Les Haillons d'écume que je me hâtais de présenter dans la rubrique départementale de poésie que l'ami Pierre Berruer m'avait offerte dans le journal Ouest-France.

 Dans le sillage de la Beat Generation, Bruno continue une œuvre authentique et singulière. Une ivresse rare de nos jours. Une ivresse essentielle.

 

 

Le juke-box magique de Claude Pélieu



Un voyageur pris de vertige dans la chambre froide
Le fils du Soleil sans bras ni jambes haletant dans les égouts
Des diplomates attrapés au lasso sous une étoile filante
Une vague de sang et d’os
La sueur d’un chaman ébloui
Les sanglots du Grand Esprit scalpé dans la cage d’escalier
Une main invisible tombée du ciel
Les neufs inconnus assis secrètement dans l’arrière-salle d’une cafétéria
Des milliers de rats télépathes dévalant l’escalier
Un babouin frappé à mort devant le night-club
Et l’image syncope d’un homme sans tête faisant peau neuve de l’autre côté de la terre
Un téléphone sauvage annonçant l’Apocalypse
L’agent secret Cheyenne disparaissant sur la voie express sans laisse de trace
Des terroristes échangeant des salutations muettes devant les caméras de CNN
Le chant secret d’un enfant
Un écureuil sautillant à perdre haleine sur la tombe de Mister Freedom
La tristesse du Roi du monde dans le trou noir de Times Square
Baron Samedi décapité devant la station-service
Un laveur de vitres pris de panique au-dessus du gouffre
Les balles traçantes de l’automate aux yeux bandés
Un souvenir lumineux de Brocéliande
Flashes d’éternité dans le juke-box magique de Claude Pélieu.

Le télégramme d’un sorcier empoisonné fiché par l’ordinateur central
Le grouillement des blattes derrière la porte blindée de la chambre à gaz
Des superstars secouées de frissons en entrant dans le labyrinthe sous le regard de la milice de la téléréalité
Des centaines de cadavres engloutis dans les tours perdues
Un cortège d’immortels armés jusqu’aux dents dans le hall de l’aéroport
Le rêve d’un singe aux yeux d’or emporté dans les airs au-dessus de Brooklyn
Les dernières minutes de Captain Parano
Le baratin top secret des machines de contrôle dans les rues vides
Une pile atomique clignant sous un ciel immense
La police le FBI et la CIA patrouillant jour et nuit
Et Batman couvert d’excréments braillant derrière la clôture
Le manège déglingué de Long Island avec l’usine des sanglots
Un dealer égorgé balayé par le vent
Des millions de fourmis empoisonnées sortant des entrailles de la cité grise
La douleur des supérieurs inconnus se cachant dans la foule
La haine de l’homme-tronc sur la piste des forces du Mal
Docteur Minuit prenant le micro dans le cercle magique car le spectacle doit continuer
La foudre frappant le Chien jaune bâillonné sur le toboggan
Un garçon de courses à la voix brisée près du fleuve
Les poètes de la nuit demandant l’asile politique
Un souvenir lumineux des soirées folles zen vodka et haïkus
Flashes d’éternité dans le juke-box magique de Claude Pélieu.

Des hommes en colère tournant en rond dans le cabinet noir avant que la ville ne s’éveille
Un veilleur de nuit électrocuté dans le tunnel
Le cri d’effroi des bébés qui naissent derrière la palissade
Sifflets sirènes de flics et bruits de klaxons passant en boucle à toute vitesse sur une bande magnétique dans un repli de l’espace
Lambeaux de phrases malaxées du DJ magicien haletant pour la dernière fois devant la mer
Un collage de percussions et de machines à sous sur le mur d’écrans
La brebis clonée puante enterrée dans un coin obscur
Des centaines de micros truqués hystériques au-dessus de Wall Street
La fraternité des veilleurs en larmes disparaissant au milieu des flammes
Les battements de cœur sacrés de trois anges sur le paratonnerre parlant une langue totalement inconnue
Et le réveil hargneux de la Vieille Bête ivre de haine et de sang dans un immeuble oublié de New York
Le croassement d’un corbeau en toute liberté dans le ciel mystérieux du grand univers
La valise en fer d’un rescapé de l’Holocauste
Des centaines de gyrophares contre les murs gris de la maison des fous
Un chanteur écorché vif devant la porte des latrines
La pulsation de guerre du commando suicide hurlant dans le ciel
Un tourbillon de pylônes et de guitares brisées
L’œil animal du Môme bleu attendant dans sa chambre pourrie du Bronx
L’horreur programmée de milliers de fenêtres vides
La nymphe Calypso courant dans les rues glacées au bord de la tombe
Un souvenir lumineux de la vallée des Mohawks loin de tout assis regardant la chute des feuilles
Flashes d’éternité du juke-box magique de Claude Pélieu.

****



Gregory Corso


Il posait sa vieille mâchoire Uccello sur les genoux de la mort
Son sourire édenté au terminus Greyhound
Sa langue folle sur le lit de fer égyptien
Et son esprit s’envolait

Il réclamait du vin
Il braillait
Il écarquillait les yeux
Il sonnait à la porte de la Beauté au milieu de la nuit
Et c’était le bel aujourd’hui

Il allumait des bougies
Il se dépouillait de ses vêtements
Il se querellait avec des poètes prophétiques dans sa mansarde
Sous les toits de l’hôtel sans nom
Et la vraie vie était présente

C’était à Paris Gît-le-Cœur
Il rêvait de New York Bleecker Street
Sa jeunesse de prison
Ses nuits de beuverie
Son hurlement entêté parmi les loups essoufflés du Lower East Side

Il tenait les rois sauvages de Manhattan entre ses doigts
Il avalait des poignées de pilules
Il faisait des bonds effarés dans le cœur mourant de Shelley
Et c’était un beau jour pour mourir.

Minneapolis
Ailes fumantes parmi les nuages de foudre
Le dernier gangster de la route éternelle a dit adieu au soleil
Et aux myriades de bombes.

 

*****



Po Chu Yi



Le monde est plein de bruits et de fureur
Il fait froid
Trop paresseux pour me lever
Les pensées en désordre
J’ouvre mon vieux livre de poèmes
Je pense à l’endroit où personne ne vient
Je pense aux arbres, aux nuages et aux rochers
Je pense à l’odeur des herbes
Je pense aux corbeaux de la montagne
Je pense au jardin de Lo Yang
Je pense aux deux grues qui savent danser
Je pense à Po Chu Yi
Je pense au poète tranquille et oisif
Je pense au parfum du vin
Je pense au son de la pluie
Je pense au goût du ciel
Je pense à la nuit profonde et silencieuse
Je pense au poète qui s’enivre et dort profondément
Je pense au bon vent dans le clair de lune