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Dan BOUCHERY

 

 

DANPOURCRL

 

Contact : touch.d.auge@wanadoo.fr

 Née à Lille, sous les bombes, Dan Bouchery vit depuis 2006 à Beaumont-en-Auge (14) où elle a ouvert son atelier de peinture. Toutes ses œuvres sont une introspection. Les formes et les couleurs sont une projection de son esprit, (ses dessins illustrent des recueils aux éd. l’épi de seigle et Gros Textes). Elle codirige avec Jacques Fournier les éditions l’épi de seigle.

Poète, certains de ses textes ont été retenus dans des anthologies aux éditions Unimuse (Belgique), Rue du Monde (Paris), Donner à Voir (Le Mans), L’Amandier, Le temps des Cerises et dans celles du Festival de Durcet (Orne). Elle a collaboré au magazine pédagogique « L’Education enfantine » (éd. Nathan) et au journal culturel « Délirium » (Lille). En mars 2007 elle élabore un chemin des poètes au Parc Guy Weber, à Saint Aubin Le Cauf, près de Dieppe, où se mêlent des paroles de poètes connus à celles d’adultes handicapés. Elle anime des ateliers-rencontre autour de la poésie.

 

Publications :

L’Amour Bourre-Joie, Moue de Veau n°1074, éditions S.U.E.L., Isbergues (62), 1998

Chatouilles, l’épi de seigle, Lille, 2001

L’Alphabet en cortège, 1997, réédition l’épi de seigle, Lille, 2003, avec des dessins de l’auteure ; certaines lettres sont reprises dans l’Alphabet des poètes, Rue du Monde 2005

et dans Facettes, CE1, Hatier cycle 2, paru en 2008

Syntonies, l’épi de seigle, Lille, n°1 en 2005, n° 2 à Beaumont-en-Auge 2008

C’est ça la ville, éd Corps Puce, Amiens, 2007

Syntonies 2, l’épi de seigle, 2008

Sont-elles bêtes ? 24 photos A3 + textes poétiques, exposition et rencontres

Les éphémères (en attente d’édition, 2009 ) avec l’aide du CRL de Basse-Normandie

En piste le poète, La Renarde Rouge (prévu en 2009)

 

 

« Plus con tu meurs », revue créée fin 2007 en hommage à Jean L’Anselme, avec Jacques son complice, chaque n° contre 2 timbres, tarif prioritaire en vigueur

 

 

Parutions dans des anthologies récentes:

L’Alphabet des poètes, éd Rue du Monde, 2005

Je suis un enfant de partout, éd Rue du Monde, 2008

La poésie est dans la rue, éd LeTemps des Cerises, 2008

Poésies de langue française, éd Seghers, 2008

Poésie Gratte-Monde, Revue de la Maison de la Poésie Rhône-Alpes, 2008

Sculpture sur prose, La Traductière, 2008

Sillons, sillages, éd Soc et Foc, 2009

Anthologie de poètes normands à travers les siècles, éd Clarisse, 2009

 

 
 

Fort heureusement, à côté de ces poètes décrits plus haut et qui, hélas, tiennent trop souvent le haut du pavé médiatique avec leur étiquette de Post-modernes, il est des poètes, et notamment des voix féminines nouvelles, pour lesquels, la poésie, loin de vivre en autarcie, a pour première fonction de traduire avec leurs mots simples, leur écriture d’une lisibilité immédiate, notre monde d’aujourd’hui avec ses contradictions, ses échecs, ses espoirs, ses désillusions, ses injustices, ses préoccupations quotidiennes. Souvenons-nous de cette phrase terrible de Léon Bloy : « Qui donc parlera pour les muets, les opprimés et les faibles, si ceux-là se taisent qui furent investis de la parole ? ».

Dan Bouchery est de toute évidence un bel exemple de ce que nous venons d’évoquer ci-dessus. Il suffit d’ouvrir C’est ça la ville pour en être convaincu. Par quel miracle, et avec si peu de mots, une telle économie de moyens, Dan Bouchery parvient-elle à nous émouvoir au plus profond de nous-mêmes ? Ces Croquis urbains, sous-titre du recueil, me font songer à ces instants furtifs du monde urbain qu’un Robert Doisneau savait capter pour l’éternité, mais chez Dan Bouchery c’est un monde urbain déshumanisé, qu’elle décrit avec le filtre d’une impalpable tristesse, d’une sombre et muette désespérance.

Nous ne sommes que des ombres sans visage, errant entre les murs de béton, les paysages sinistres des hypermarchés : « Elle s’est perdue / Sur le grand parking / Du grand magasin / Sur le parking gigantesque / Aux allées toutes pareilles. »  Et plus loin : « …À peine l’esprit / Se met-il / À rêver / Que déjà une / Affiche / Vous ravit / Votre rêve. »

Dan Bouchery est par ailleurs peintre. De là, sans doute, cette vision aiguë, à travers les mots, qu’elle transpose sur la page blanche comme elle le ferait avec ses pinceaux. Livre déchirant, authentique, d’une beauté sombre que celui qu’elle nous donne à lire ici et nous fait découvrir une fascinante compagne d’insomnie.

 

Bernard Mazo, extrait de la préface de C’est ça la ville

 

Qu'elle croque des intantanés ou qu'elle médite sur le hasard et la piste du poète, Dan Bouchery sait que la poésie est à la hauteur d'un rêve qui n'a pas les pieds sur terre, et c'est tant mieux. Quelque chose comme une candeur nécessaire nous touche ici au plus vrai.  

 

 

Hasard

 

 

Prendre un papier

Une feuille

Un journal

Pourquoi pas

Au hasard imprimé

Prendre des ciseaux

Sans bouts ronds

Des ciseaux

Aiguisés et

Coupants

Pointus

Bien pointus

Découper la

Forme d’un

Homme

Couper

Couper

À coups de ciseaux

Que les coups

Pleuvent de

Tous les côtés

Attention

Il n’a plus de pieds

Ça fera un

Handicapé

Il en faut

Bien

L’humanité a besoin de

Diversité

Les malheurs font du bien

À ceux

Qui n’en ont

Pas

Couper

Couper

Les coups comme s’il

En pleuvait

Crever les yeux

Deux trous suffisent

Pour voir

L’état du monde

Mieux vaut la cécité

Crever sitôt né

Avant que de comprendre

Pas de bouche

Si

Un trou

Un autre

Une grande bouche

C’est mieux pour

Avaler

Les couleuvres par cargos

Entiers

Ne parler pas la

Bouche

Pleine

Combler cette bouche

Avide

Bourrage de gueule

Bourrage de crâne

C’est pareil

Ne laisser aucun

Espace

Vide

La liberté

Pourrait

S’y engouffrer

Il est ridicule

Votre homme

 

 

Il est mort

Il ne tient pas debout

Peu importe

Dans le lot

Serré contre les

Autres

Il tiendra

Forcément

Il tiendra

 

 

Janvier 2008, Inédit

 

 

***

                                                 

EN PISTE LE POÈTE !

 

 

Sur la pointe des pieds, il entre. Ses chaussures ne sont ni trop longues ni ridicules, mais elles cachent une infirmité : il n’a pas les pieds sur terre ! C’est un secret…Il fait semblant de marcher.

 

 

Il entre, sans fards, sans masque pour se protéger. Il ne fait pas le clown. Il est clown. Il parle aux autres. Il les fera sourire, rire même ou pleurer quelque fois. Ces larmes-là ne se voient pas.

 

 

Le chapiteau est son royaume. Il se plaît dans ce qui est grand, très grand. Il redoute les barreaux, les barrières, les murs, tout ce qui enferme. Alors ? Pas de grilles ! Son chapiteau est à cœur ouvert.

           

Jamais il ne capture de bêtes. La panthère n’a rien à redouter. Elle gardera sa superbe. Il ne dompte que les idées. Du moins, il essaye. Les idées sont difficiles à fixer. Elles sont capricieuses, sortent toutes seules, sans raison. Elles narguent notre poète puis disparaissent et reviennent autrement. Elles résistent à l’exercice.

 

 

Pour s’entraîner à l’écriture, le poète jongle avec les sonorités. Longtemps et chaque jour, il les fait sauter d’un pied sur l’autre, jusqu’à ce qu’elles rebondissent sous son nez. Il les rattrape avec dextérité.

 

 

Sa magie est un secret. Sans complice, sans artifices, sans bouger de sa place, il nous ouvre une galaxie. Il nous emmène à sa suite. Sa voix seule trace le paysage. On voyage, on voyage.

 

 

Quand sa tête se perd dans les nuages il imite le funambule. Sur le vide, sans appréhension, pas à pas, il avance. Son crayon règle la balance.

 

 

Il adore les chevaux, surtout lorsqu’ils tournent sur les pattes arrière. Il pense que les chevaux sont heureux, comme les danseurs quand ils jouent. Mais le cheval qu’il préfère ne s’arrête jamais. Il a soif de liberté.

 

 

La musique est en lui. Il raffole des fanfares quand les cuivres claquent. Cela fait rire les enfants et sursauter les grands. Devant une musique militaire, il refuse de marcher au pas. Il dit qu’il ne sait pas.

 

 

Le fakir l’intrigue. C’est quoi cet amour pour les couteaux ? Ça coupe, ça tue ! Le poète a peur des armes, vraies ou fausses. Toute violence le brise.

 

 

Il préfère l’écuyère pendant qu’elle tourne autour de la piste. Il la tient par le regard. Il craint qu’elle ne tombe à terre. Chaque fois qu’il la croise en coulisses, il baisse un peu les yeux. Au fond, il est nu.

 

 

Pourtant il sait prendre des risques quand il joue au trapéziste. Alors il s’élance de très haut, tourbillonne dans des sphères que lui seul connaît et retombe sur ses pieds, ses pieds qui ne sont pas dans ses chaussures. Mais comment fait-il donc pour tenir debout ?

 

 

à paraître aux éd la Renarde rouge, début  2009

***

 

 

 

 

C’EST ÇA LA VILLE, extraits

 

 

 

 

 

 

En ville

Tout est droit.

Les lignes sont

Verticales

Obliques

Perpendiculaires

Parallèles.

La géométrie

A dessiné la ville,

Les fenêtres rectangles

Et les triangles des toits.

L’architecture formate

Les petits esprits.

L’artiste

Et

Le poète

Cultivent

L’ortie.

 

 

 

 

***

 

 

 

 

Soyez attentif !

L’attention doit être

Permanente.

Vous ne savez pas

Sur quoi

Vous allez mettre

Le pied.

Soyez

Vigilant

En voiture !

Attention aux enfants !

Attention aux vélos !

Attention aux signaux !

Qu’ils soient tricolores

Ou en panneaux

Il faut

Sans cesse

Avoir l’œil

Quand on est

Citadin.

À peine l’esprit

Se met-il

À rêver

Que déjà une

Affiche

Vous ravit

Votre rêve.

 

 

 

 

***

 

 

Cette femme

Dans le métro

Ce dimanche

À midi

Comment l’aborder ?

Je voudrais savoir

Qui elle est

Avant de descendre à

La prochaine station.

 

 

***

 

 

 

 

Elle marche

Devant.

Lui marche

Derrière,

Derrière elle.

Quelques pas les

Séparent.

Il peine à la suivre.

Elle ne se retourne pas.

Elle continue sans se retourner

En montrant

Bien

Qu’elle doit

L’attendre,

Qu’elle

Doit

Ralentir,

Se ralentir,

À cause de lui.

Il peine.

Visiblement

Il peine

À la suivre.

Il suit

Comme un vieux chien

Fatigué.

C’est un couple.

 

 

 

 

***

 

 

À qui parlent-ils

Ceux

Qui étalent

Leur vie

Intime

Bien haut

Dans la rue,

Dans le train,

Partout dans les espaces

Publics ?

Et que font-ils

De nous

Autour ?

 

 

***

 

 

 

 

Avec lui

Il porte toujours

Un vieux sac en plastique.

À l’intérieur,

Des petites choses,

Des bouts de rien,

Des quelques choses

Usagées

Comme des mouchoirs

En boule.

Rien

De très important.

Il emporte partout

Ce sac.

Même au cinéma,

Il le tient

À la main.

Il ne veut pas le lâcher. 

Il fait attention

Que son sac ne

Le perde pas.

 

 

***

 

 

 

 

Ce sont

Des humains

À

Manteau

De fourrure

Véritable.

Quand je les croise

Je pense

À l’animal

Sacrifié.

Quelque chose du

Chasseur

S’éveille alors en

Moi.

 

 

 

 

***

 

 

 

 

Le rythme de la vie

Urbaine

Et ses horaires

M’essoufflent.

La ville concentre

Ses gaz toxiques.

La nuit

Les cauchemars

Me persécutent.

Je cherche une issue.