Gérard Cléry

 

GCsurbateau2

 

Pour commencer à découvrir Gérard ce magnifique texte que j'ai mis en musique : 

 

 

Gérard Cléry, parisien de naissance, a vécu ses premières années de l'autre côté de la Méditerranée. Il sera, à vingt ans, marqué par la guerre d'Algérie. Il vit aujourd'hui à Quimper. Pour subsister il a connu les chantiers du bâtiment, l'usine, la publicité, l'éducation populaire, le transport aérien, pratiqué le journalisme de presse écrite et de radio.

Les voyages l'ont conduit en Europe, en Afrique du Nord, en Amérique Latine.

Ses premières tentatives d'écriture paraissent dans les revues Europe, Action poétique, La Nouvelle Critique, Chorus, Métamorphoses... Il a proposé sa lecture de la poésie d'Armand Olivennes, Jacques Simonomis, André Lagrange, Marcel Hennart, Maurice Cury, Vera Feyder, Jean Dumortier, Michel Joiret, José-Millas Martin, Jeanine Salesse...

Traducteur de La Nouvelle Chanson Chilienne et de plusieurs poètes d'Amérique Latine.

Il pratique depuis toujours, seul ou en compagnie, la lecture de poèmes en public.

 

 

Publications :

_ Poèmes pour rejoindre (Action poétique),

_ Quotidiennes, Roman de l'île (poèmes Pierre-Jean Oswald),

_ Jusqu'au serrement de cœur définitif (Pierre Rochette),

_ Des sciures de l'île (poèmes, Chantepleure, Bruxelles),

_ Lettre à un extra-vivant : Marco Richterich (Chantepleure),

_ L'os chante (L'Arbre à paroles),

_ Fontanelles du pré (L'Arbre à paroles),

_ Un cahier d'Olivier Vange (Les Elytres).

_ La Seine en chemise de nuit (contes de Paris, Caractères).

_ Visite à Marcel Hennart, (entretiens, Caractères).

 

Discographie :

_ La mémoire chantée de Régine Mellac (Le chant du monde),

_ Les poètes de la chimère : Maurice Rollinat "La mort lui ricane" (Compagnie d'Ariane, disques EPM),

_ Jacques Simonomis "Claudication du monde" (Compagnie d'Ariane).

 

En préparation :

_ Roi nul suivi de l'Ivre lit et de Empreintes (poèmes).

_ Compte cercueil postal (nouvelles et contes),

_ Le doigt sur la galette (musiques natives et chanson, chroniques choisies) 

 

contact : gerard_clery@orange.fr

 

 

Que dire de plus que cela : je suis fier que l'ami Gérard me rejoigne dans ma petite anthologie. Gérard c'est d'abord pour moi une amitié coup de foudre (au contraire des amours du même nom, ces passions-là ne se démentent jamais...). Quelques mots échangés autour du 11 septembre... 1973 (voir la page concernée) puis un terrible malentendu suite à un de ses messages reçu à une période d'intense fatigue. Je l'engueulai copieusement via un courriel rageur… et j'en ai honte encore.

 

Il y a l'ami et il y a le poète qui ne dément pas l'ami. Il y a dans ces poèmes la générosité d'un homme qui marche dans ce monde son regard lucide, un poète qui sait, au rebours de nos cuistres endormis, que toute poésie est nécessairement rebelle. Et puis des images inouïes simplement. Et si véritables. Regardez comme elles sont sensuelles ainsi dans ce poème qui suit où il évoque la femme comme personne jusqu'alors n'a pu le faire : "l'attente du plaisir en faisait une moisson hantée quêtant l'orage/  Elle était le torrent où la neige élisait précipice". Alors bien sûr je suis fier... mais pas mal jaloux aussi. Je sens que je vais l'engueuler de nouveau, rien que pour ça ! Et après pour fêter ça, on ira boire un bon coup et on jettera nos cris contre la défaite du monde !  

 

 

 

 

Extraits : 

 

 

 

parfois la nuit ameutée de projecteurs l'herbe pleurait sous la caresse

   la pelouse attendait tous les feux concertés         tambours d'étincelles       

Elle était large aux ailes des hanches    et déjà la sueur

                                                                              on tissait posément ce       voile de lumière     soin d'en accorder les fils ténus         les mains                  brodaient autour des seins pour y descendre            Elle avait une gorge un rucher            le moment du dessert    

       l'attente du plaisir en faisait une moisson hantée quêtant l'orage

 

 

   Elle était le torrent où la neige élisait précipice

Elle tendait toutes ses bouches   tout chavirait       Elle épelait encore

                                                                              son cri  il était sa forme ses pieds contre terre

                                        vous étiez l'ange annonçant aux brebis qu'elles garderaient leur laine

                               vous ne pouviez plus compter à vous seul la revanche       vous étiez deux et d'autres      d'autres

 

 

Folle à bonheur/Roman de l'île

   

***

 

 

 

  

elle n'a pas choisi ce moment précis pour apparaître de biais dans le prolongement de la lecture les sursauts du soleil allègrement chamboulent sa croupe en italique elle traverse l'avenue l'affût de la journée  repose sur son ventre elle pressent les mugissements de l'homme à son approche tournoie complaisamment dans le champ de sa poitrine débraillée plonge dans la touchante ébullition de l'automne les derniers cliquetis de lumière il y a presque quelqu'un sous l'enseigne du salon de coiffure à la terrasse du café les tables dévastées   elle avance toujours moulée dans la convoitise du voyeur pour être culbutée jusqu'à syncope

 

 

Folle à bonheur/Roman de l'île

 

 

***

 

 

 

Casa Greuter

 

 

 

 

 

Au flanc de la montagne ensoleillée

dans cet après-midi où plane

l'échancrure de la nudité

il s'ouvre au brasier blanc qui le conforte

-  pour lui la braise dévoyée dans ses laves secrètes -

il acquiesce au bonbon candide émail

étincelant de la louve

-  à présent il la voit saccagée dans son enclos de fraises -

un abricot empaumera bientôt sa bouche

l'abeille le frelon cribleront sa poitrine

-   qui songerait à nettoyer un amas de tessons -

il tombera du givre de ses oreilles

et lui l'oeil débordant de lèvres

cravachera l'écume

 

 

Folle à bonheur/Roman de l'île

 

 

***

 

 

 

Cette image de toi serrée contre la terre qui te présume    l'horizon fidèlement te prélève dans le souci des courbes il porte tes couleurs       tandis qu'allongée tu sers d'appui aux lointains chargés de ton reflet      ou que tu rayonnes sur toi le soleil s'est couché il te cable      chaque profil acquiesce à ton corps et je te vois sourire

 

 

tu es venue inculquer à ce champ après qu'il eût sacrifié ses épis   le murmure de tes hanches

 

 

 

 

Folle à bonheur/Roman de l'île

***

 

 

 

  

lissant leur vie aux fenêtres des trains

ils voient blêmir ces paysages

où nul arbre ne brûle

 

 

terre affamée de caresses et du vent

pour eux déroule tes bandages

 

 

ils vont leur renommée voyage

ils n'amasseront pas

rivés

à la souffrance plane

 

 

 

 

de temps en temps toisonnent

par le gué d'un bocage

ces gibets de tendresse qui

ne les balancent guère

 

 

ils vont sachant fort peu plier genoux

parmi la courbe hospitalière

 

 

en habit de fatigue

et de paternité ils vont

méchamment dispersés

 

 

petite écume de leur vie

regarde-les passant qui soliloquent

 

 

sur leurs cahiers de doléances

rugit la rime à l'univers

 

« les émigrants »

Empreintes/fragments

 

 

 

 

***

 

 

postés depuis que bat l'aorte arythmique du monde fidèles de l'heure où le jour prend le large – et l'océan qui n'en finira pas de pétrir ses vagues – il vient toujours ici un guetteur assidu derrière le guetteur fatigué un acteur après l'acteur disparu ils s'arrêtent à leur tour là où la terre s'épuise à résister ce soir il y a le vieil homme et son caniche aux pas prudents l'ébéniste aux chiens noirs galopant sur le sable imbibé ébarbant la lisière des vagues un boîteux veste rouge salut discret l'ancien capitaine de police le plus constant sans doute venu à pieds d'une ferme voisine il y a l'habitante du camping-car stationné où s'achève la route – elle marche en ce moment le long du long mur de galets visage tourné vers l'eau qui bat cette nuit elle voudra être aimée dans le souffle de l'impénitent charroyeur de pierres polies – il y a le photographe en quête d'ombres furtives saisies dans la lumière qui se noie le paysan trapu il tient à la saignée des bras un solide bâton croisé dans son dos et dit qu'il a cédé tout à l'heure la ferme à ses neveux un domaine trop vaste s'il m'arrive quelque chose en marchant sur la grève la mer me ramènera mes jambes ne savent plus me porter et je ne peux plus mettre de lacets à mes souliers il y a le silence de ceux qui étaient là hier avant-hier au début avant la conscience du début ils ne se connaissent pas – bien que pour eux-mêmes ils prétendent se connaître – ils se saluent main droite dans main droite au moment qu'un soleil rouge feu bascule dans le vide sans un cri d'oiseau au bout au fond de leur regard

 

 

 

 

Empreintes/fragments