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Guénane

 

TheTeam

 Guenane bien entourée par René et Olivier Rougerie.

 

Lorient ayant été anéanti, Guénane est née au cœur de la Bretagne, au bord du Blavet.

Après des études de Lettres à Rennes, elle a longtemps vécu en Amérique du Sud.

Elle vit en rade de Lorient, juste là où le fleuve d'origine se jette dans les bras du large.

A deux lettres près, Guénane est son nom, mais le voile demeure... et demeure la blancheur.

A publié

12 recueils chez Rougerie.

9 livrets, dont 8 inspirés par  l'île de Groix,  La Porte.

3 récits, des nouvelles, des livres d'artistes.

 

Cette amoureuse de l'île de Groix (comme on la comprend !), île qu'elle peut admirer, je pense, de chez elle sait que "chaque mot/ cherche la juste place/ entre mort et vie" et qu'"écrire/ c'est jouer avec l'absolu" (Les yeux d'Argos) et c'est certainement pourquoi sa poésie sonne si juste avec ces mots de tous les jours "écossés" comme de petits pois. Oui, avec Guénane, "la poésie s'étonne/ de sa propre voix". Une voix pourtant limpide et qui sait être humble et tendre.

                                                                                                                                                                      

Contact : guenane@googlemail.com

Site : http://site.voila.fr/guenane 

 

 

 

 

 

Le tour de soi

une vie n'y suffit

nous sommes le comble du voyage.

 

Naviguant sur une mer secrète

au sous-sol de la Poésie

je vis.

 

 

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En tenue de nuit

les rêves

a tout ont réponse.

 

Au réveil

à vous de choisir

la tenue du jour.

 

Écriture

armure

tenue toute épreuve.

 

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Écrire

une étrangère me tient la main

pendant la visite.

 

Me relire

c'est rendre visite

à l'étrangère qui m'habite.

 

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Imagine

que tu animes

tes grandes orgues sans bouger.

 

Imagine

le souffle jouer avec audace

dans tes tuyaux un Magnificat.

 

Imagine

le cataclysme de tendresse.

 

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Écritures

même les pages blanches ne sont pas saintes.

 

Si nos idées avaient pouvoir

de colorer la peau

je serais noire.

 

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La terre est ourlée de « finisterres »; certains ont une signification plus perceptible, plus sensible, certains vous donnent à côtoyer le mystère des origines. La Terre de Feu est de ceux-là.

Nous avions parcouru plus de cinq mille kilomètres sur des gravillons, du « ripio », ce mot qui désigne aussi les paroles inutiles. Cinq mille kilomètres d'émotions mais sans ennui mécanique.

Et puis, à la sortie d'un village fueguino, sur cent cinquante mètres d'asphalte inexplicable, une camionnette vous croise en même temps qu'un gravillon, et le pare-brise explose. Seul remède, s'emmitoufler pour couper le vent inqualifiable même si, dans ce camouflage de guérilleros, vous craignez de vous faire descendre aux postes de contrôle avant de pouvoir dire un mot. La frontière est floue, capricieuse en ce bout du monde; entre le Chili et l'Argentine régnait alors un très grand froid diplomatique. Seule obsession, atteindre Porvenir, passer le détroit et réparer dans une ville digne de ce nom. Sortir d'abord de ces steppes hostiles. J'en ressens encore, jusqu'à l'os, un froid psychologique .Nous avons fait halte dans un semblant de hameau frontalier. J'aurais pu griller contre le poêle en claquant des dents. Pour me stabiliser, il me fallut de l'aguardiente, de l'eau ardente, de l'eau-de-vie. Pendant la nuit, un berger nous fabriqua un pare-brise de contreplaqué, avec une petite lucarne pour le conducteur. Nous avons poursuivi dans ces contrées inhabitables, ces pampas du bout de la terre. La sensation australe sidère. Les siècles passent, vous passez, l'inhumanité demeure. Cinq cents ans après Magellan, vous franchissez le détroit où semblent se donner rendez-vous tous les courants du Pacifique extrême.

Extrait d'une nouvelle inédite, Le Lit de la Baleine.