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Jean-François MATHÉ

 

 

mathe[1]

  Portrait de Jean-François par Jacques Basse

 

 

  

Jean-François MATHÉ est né en 1950 dans l’Indre. Après une carrière de professeur de lettres modernes en lycée, il vit actuellement dans le Poitou où parallèlement à la poésie il se consacre à la chanson et au dessin d’humour. Parmi ses 13 recueils de poèmes parus aux éditions Rougerie :

Agrandissement des détails, 2007

Le ciel passant, 2002, Prix Roger Kowalski 2002

Le temps par moments, 1999, Prix du livre en Poitou-Charentes 1999

Corde raide fil de l’eau, 1991

Contractions supplémentaires du cœur, 1987, prix Antonin Artaud 1988

 

 

« On ne saurait rêver poésie plus sobre, voix plus discrète : on croit entendre quelqu’un se parler pour empêcher simplement les ombres du dehors de trop se mêler aux ombres du dedans. Cette poésie ne cherche pas à convaincre de quoi que ce soit, elle procède d’une nécessité intérieure qui trouve dans un art poétique éprouvé (…) sa juste expression. Alors pourquoi ce miracle d’un ton, d’un univers singulier, pourquoi cette poésie me touche-t-elle comme il m’est arrivé rarement de l’être au plus intime de mon être par cette sorte d’évidence incontournable de la présence ? »

 (Jean-Marie LeSidaner – Le Mensuel littéraire et poétique, Bruxelles)

 

 

 

 

 

Je sais que c'est une grâce d'accueillir ici Jean-François Mathé, longtemps attendu, mais je ne sais s'il est bien utile de commenter ce qui, de fait, se passe de toute glose tant cette parole est d'une bienheureuse évidence. Nous sommes là dans ce pays nôtre si connu qu'il a besoin d'être transfiguré pour être enfin visible et surtout être enfin lui-même. C'est cette alchimie que propose, avec patience, cette poésie dont les surprises mêmes ont la force de la limpidité. "Pour nous taire, nous enfermions la langue dans nos bouches comme un fruit", "chaque émerveillement s'ouvrait comme une robe", "il y a le moment d'espoir/ qui s'allume comme une cigarette/ mais on sait que c'est la fumée/ qui décide des lendemains"... J'arrête quand il faudrait poursuivre... Les comparaisons et les métaphores (qui doivent parfois autant au pôle métonymique qu'au pôle analogique) ont ici la fraîcheur et la lucidité des fruits. Elles avitaillent tout à la fois conscience, bonheur de vivre et, plus encore, savoir vivre. Le critique, condamné à la tautologie, se heurte alors à cette paroi qui lui résiste absolument  et ne saurait commenter vraiment qu'en répétant infiniment le texte.

 

contact : jean-francois.mathe0407@orange.fr

 

 

Poèmes :

 

Nous aussi nous avions enfance. Aux premiers cris des jeux, le grand arbre à jambe de bois s’arrêtait parmi nous et nous surveillait jusqu’au moment du sommeil où, pour nous taire, nous enfermions la langue dans la bouche comme un fruit. Nous savions que la maison, pour mieux nous laisser rêver, allégeait ses étages, son grenier à foin, son toit lisse de lune. En plusieurs étés notre peau passa du sable aux filles, chaque émerveillement de vivre s’ouvrait comme une robe. Aujourd’hui encore, nous allumons les plus belles de ces images pour y brûler la douleur de la mémoire.

Corde raide fil de l’eau

 

 

 

 

***

 

 

quelles fenêtres faut-il ouvrir

pour traverser les apparences

pour que les yeux n’aient plus

de chemin de regard

et tombent

plus légers que la neige

n’importe où dans le froid

 

 

quels murs faut-il abattre

pour que le monde s’éloigne

sur des parois de toile gonflées

par le vide et le vent

 

 

quel est le lieu pur

où les visages se démasquent

en se retirant des miroirs

Le Temps par moments

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

 

le passant qui a marché

jusqu’à l’épuisement de son ombre

s’arrête

pour entendre sonner midi

douze coups dans l’air clair

comme si le temps

heurtait quelque armure

qui n’a jamais protégé personne

 

 

demain sera sombre

aucun passant n’en attend rien sinon

peut-être de voir la neige

remplacer la pluie

une chute plus lente

comme si avec elle on

tombait du ciel si légèrement

qu’il reste une chance d’y remonter

 

 

Le ciel passant

 

 

***

Sur de fragiles lignes de frontières,

des trains rouillés s’arrêtent.

 

 

Contrebandiers, émigrants

retiennent les bruits

pour ne pas faire trembler

la lune énorme des pays repus.

 

 

Les feuilles des arbres sont comme

des pas posés nulle part,

suspendus, attendant que s’effacent

les blessures qui disent d’où l’on vient.

 

 

Il y a le moment d’espoir

qui s’allume comme une cigarette,

mais on sait que c’est la fumée

qui décide des lendemains.

Agrandissement des détails

 

 

***

 

 

Quand ton rêve est plus grand que ton sommeil,

c’est en lui que tu avances

pour aller allumer,

au-delà des gouffres de nuit,

les lampes les plus lointaines.

Tu connais des ponts

où d’abord passe l’âme

puis le corps comme il peut.

Tu t’arrêtes dans ton aube inventée

et quand les autres s’éveillent,

tu dors enfin sans rêve,

les yeux refermés

comme se referment les livres

dont toutes les pages se sont envolées.

Inédit