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Laure Morali

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Laure Morali, née à Lyon en 1972, d'un père d'Afrique du Nord et d'une mère dont les origines bretonnes les amènent à jeter l'ancre dans une presqu'île des Côtes-d'Armor. Etudes de lettres à Rennes. À l’âge de vingt ans, elle part étudier au Québec la création littéraire. En 1996, elle publie ses premiers textes et fait la rencontre des Innus. Deux ans plus tard, elle séjourne pendant trois mois dans la forêt subarctique avec l'un d'eux, Shimun, un chasseur nomade. Après différents voyages dans les Trois Amériques, comme réalisatrice de films documentaires, elle s'installe à Montréal en 2002. Elle écrit : poèmes, nouvelles, récits. La route des vents paraît en 2002 aux éditions de la Part Commune. Laure se pose à Montréal qu’elle voit comme un carrefour. Elle publie La terre cet animal (2003) et Traversée de l’Amérique dans les yeux d’un papillon (2010) chez Mémoire d’encrier. Au sein de cette maison d’édition, elle rassemble des auteurs amérindiens et des auteurs québécois dans un recueil de correspondances qu’elle initie : Aimititau ! Parlons-nous ! (2008), puis codirige avec Rodney Saint-Éloi le livre disque Les bruits du monde (Coup de cœur Charles Cros 2013). En juillet 2013, son récit Comment va le monde avec toi paraît aux éditions publie.net/publie.papier. Elle anime également des ateliers d’écriture.

Son site : www.lauremorali.net

Twitter : @lmorali

 

Extrait de la bibliographie :

La mer à la porte,  La part commune, 2001

La route des vents,  La part commune, 2002

La terre cet animal, poèmes, La Part commune, 2004

Aimititau ! Parlons-nous !, Mémoire d'encrier, 2008

Traversée de l’Amérique dans les yeux d’un papillon, récits, éditions Mémoires d'encrier, 2010

Les bruits du monde,  éditions Mémoire d’encrier, 2012 (« Coup de cœur de l’Académie Charles Cros » en 2013)

Comment va le monde avec toi, 2013, éditions publie.net/publie.papier

 

J'ai rencontré Laure il y a deux ans à l'espace Paroles du festival de Lorient. Il y a chez elle une quête authentique et une belle sensibilité. Une humilité touchante aussi qui laisse cependant entrevoir une immense passion (ou peut-être plus justement pouvons-nous dire qu'elle en est le signe). C'est fort, c'est simplement habité car c'est vrai. "L'hiver ne pas pleurer/car les yeux gèlent" voilà qui devait être écrit et puis cette belle conclusion du poème qu'elle me confie : "ce n'est pas la neige/qui monte/c'est nous/qui descendons/dans la blancheur opaque/au prix de l'amour". "de qui sommes-nous le rêve ?" écrit Laure dans La traversée... De qui et de quoi cette parole est-elle le rêve ?

 


 

 Textes de Laure :

 

Poème inédit 


Pommiers

 

 

Ce matin des bulles d'aube

s’étirent à la surface

du ciel blanc

 

la mémoire de l'eau des pommes 

dans les arbres de mon voisin 

des gouttes de neige à l'inquiétude 

déjà mûre

 

deux pommiers 

ronde est la terre 

ont des désirs 

qui n'ont rien  

à envier au vent

 

le corps endormi

sur son chemin  

les mots fondent

dans la bouche

 

douceur étrange  

de nos regards

 

nous qui habitons 

des nuages 

des vêtements lourds  

de transparence 

sentons les fils 

blancs qui se brisent 

les longues coutures 

du présent 

 

l'appel des îles 

au bout des branches 

se tord

 

l’océan 

une étagère 

qu'on replace 

parmi les grands 

territoires mouillés

 

quatre feuilles 

de la cime des phares

retombent avec la poussière

 

l'instinct  

nous casse contre 

des orages

 

l'hiver ne pas pleurer 

car les yeux gèlent

 

ce n'est pas la neige 

qui monte 

c'est nous 

qui descendons 

dans la blancheur opaque 

au prix de l'amour 

 

***

 

 

Traversées de l'Amérque dans les yeux d'un papillon (Extrait)

Il vient, il vient, le papillon.

Il vient, volant ailes éployées.

Il vient sur les fleurs, il butine.

Qu’il soit heureux ! Son cœur s’ouvre !

Il est une fleur.

 

Poème aztèque

 

 

 

On change de peau chaque fois que quelqu’un nous raconte son histoire. On oublie d’où l’on vient. On ne sait plus à qui appartiennent cette tristesse, cette joie. On est parfois léger, on butine, parfois lourd comme une pierre. On écoute les ancêtres des gens chez qui l’on dort. On s’étend et l’on meurt chaque nuit. On se lève serein. On est seul et tout le monde à la fois. On tient l’immensité du bout des doigts, délicate comme une fleur de myosotis avec son parfum de don’t forget me. On change de pays à tire-d’aile. On a de grands yeux et l’envie de grandir jusqu’au ciel.

Et quand le soleil se lève, on se rend compte qu’il fait partie du monde des terriens.

 

*

 

Ekuanitshit, Sault-au-Mouton, Montréal, Albany, Denver, Taos, Santa Fe, Albuquerque, Cayenne, Kourou, Cacao, Homer, Anchorage, Rivière-au-Tonnerre, Ekuanitshit...

J’ai l’impression d’avoir été mise en orbite autour d’un point que seul perçoit le papillon qui m’entraîne.

Il déroule ses antennes. Les parfums l’enivrent et, dans cette ivresse, il puise la force de parcourir le monde. La pleine lune invite la roue orangée de ses ailes à se déployer: je m’engouffre dans la spirale d’air creusée par leurs battements.

Nous sillonnons l’Amérique.

Du Québec au Nouveau-Mexique, de la Guyane à l’Alaska, j’ai été aspirée par le nuage, la rivière, la route. Je me suis sentie disparaître, de rencontre en rencontre, retournée par mes désirs.

Combien de fois faut-il se transformer avant de se trouver ? Poussières de météore changées en algues, en plancton, en crustacés, mangeurs de plancton, chasseurs de chair, cueilleurs d’huîtres perlières, vivants, petits miracles, de qui sommes-nous le rêve ?

Extrait de Traversée de l’Amérique dans les yeux d’un papillon

 

***


Comment va le monde avec toi, extrait


Les vagues giclent jusqu’aux lentilles striées du phare. La mer ne recule devant rien. Elle grossit à mesure que le soleil s’engouffre dans la ligne d’équateur qui la coupe en deux. On en reçoit des échos puissants. Des flots d’écume se déversent dans la lande. Les galets diffusent des bruits d’avion au décollage. La mer crie, transpercée de rayons.

Les grandes décisions se prennent en septembre, des murs de résistance s’arrachant face à la lumière sous-marine charroyée par la marée de l’équinoxe. Enroulées autour de couloirs d’air, les déferlantes ont dû passer par toute la gamme des nuances perceptibles par l’œil humain et d’autres que discernent les papillons, les chouettes, les abeilles avant d’arriver transparentes aux horizons de l’île hachée. Pour parvenir à un tel éblouissement, il nous faudrait danser, tournoyer sans reprendre sa respiration, se déshabiller jusqu’au souffle, poussière offerte au scintillement des flux, puis renaître sous la poussée d’un astre.

 

 

 

 

 


Je n’allais pas rester là à nous regarder vieillir, et la mer qui nous tombait dessus avec ses jouissances interminables, la mer qui miaulait et broyait nos os en même temps. Je ne pouvais pas croire qu’il n’y avait que la vie d’insulaire, creuser dans la terre ou se mouiller dans la mer, basta. C’était ma vie pourtant, puisque je suis née ici, pas le choix, j’aurais dû me dire et rester ancrée, droite, dans le port, entrouverte comme une huître, attendre avec le temps, j’aurais fini par trouver un homme, nous aurions élevé des moutons noirs et je me serais créé une entreprise de filage de laine toute douce pour réchauffer l’hiver pluvieux des gens, j’aurais gratté des coquilles de moules bleues et fabriqué des bijoux. J’aurais repris le café de Rosalie qui m’aimait bien quand je venais lui donner un coup de main le jour du marché. J’aurais même pu faire visiter le phare qui, ce soir, me borde de nouveau de ses faisceaux.

Deux trèfles à quatre feuilles, les lentilles du phare tournent.

 

Extrait de Comment va le monde avec toi (deux premières pages)

 


 

4ème de couverture : Comment va le monde avec toi

 

 

C'est d'abord un chant de retour.

Une femme revient sur une île de Bretagne, dans le paysage de mer où elle a grandi. Elle habite sous un phare, et la nuit ravive les fantômes. Entre le pays et soi, désormais, un décalage, par toutes ces années d'Amérique collées sur la peau.

Alors lancer des mots à la mer, par petits éclats, comme les messages des sémaphores. Une adresse à un aïeul, un capitaine qui est allé se perdre à l'ouest aussi, longtemps avant. Et le reflux des souvenirs, premières amours, cassures et dérives, pour s'éclairer où il y a eu partage des eaux, entre rester et s'en aller.

« Tout ce que nous aurions pu faire si nous n'étions pas partis au loin est resté là, inachevé. Les fantômes ne sont pas des morts, ce sont des vies que nous avons laissées en suspens. »


Comment va le monde avec toi, Éditions publie.net / publie.papier, 2013

 

Livre disponible en librairie sur commande via les distributions Hachette

ISBN : 978-2-8145-9743-3