Pascal Boulanger

 

 

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Pascal Boulanger, né en 1957, est bibliothécaire à Montreuil. Parallèlement à son travail d’écriture, il cherche depuis une vingtaine d’années, à interroger autrement et à resituer historiquement, le champ littéraire contemporain. Il a ainsi donné de nombreuses rubriques à des revues telles que Action poétique, Artpress, le Cahier Critique de poésie, Europe, La Polygrapheet Passages à l’acte. Il participe à des lectures, des débats et des conférences sur l’écriture en France et à l’étranger et il a consacré des études à de nombreux écrivains parmi lesquels : Marcelin Pleynet, Jacques Henric et Gérard Noiret. 

 

Parmi les dernières publications :

Jongleur (Comp’Act, 2005)

Suspendu au récit...la question du nihilisme (Comp’Act, 2006)

Fusées et paperoles (L’ Act Mem, 2008)

Jamais ne dors (Corridor bleu, 2008)

 

A paraître en 2009 :

Cherchant ce que je sais déjà (Editions de l’Amandier)

 

 

Publications dans des anthologies :

Histoires, in Le poète d’aujourd’hui, 7 ans de poésie dans « L’Humanité » par Dominique Grandmont, Maison de la Poésie Rhône-Alpes, 1994.

L’age d’or, in Poèmes dans le métro, Le Temps des cerises, 1995.

Grève argentée, in Une anthologie immédiate par Henri Deluy, Fourbis, 1996.

En point du cœur, in Cent ans passent comme un jour, édition établie et présentée par Marie Etienne, Dumerchez, 1997.

Ça, in 101 poèmes et quelques contre le racisme, Le Temps des cerises, 1998.

Le bel aujourd’hui : chroniques, in L’anniversaire, in’hui/le cri et Jacques Darras, 1998.

L’intime formule, in Mars poetica, Skud ( Croatie ) et Le Temps des cerises, 2003.

Dans l’oubli chanté, in « Les sembles », La Polygraphe n°33/35, 2004.

Jongleur (extraits), in 49 poètes un collectif, réunis et présentés par Yves di Manno, Flammarion, 2004.

 

 

 

Une poésie qui dit le bonheur simple d’être là et… de le dire. « Ici tout est présence » écrit Pascal Boulanger qui sait aussi qu’il doit aimer « ce qui lui échappe » et qui attend l’inattendu. On a bien du mal à choisir c’est-à-dire à laisser de côté des poèmes qui deviennent comme des enfants. Et l’on se dit que l’on aurait bien aimé avoir un papa comme ça, un papa qui sait si bien être présent. Et on pleure ses enfants… absents.

J'avoue autrement que je ne suis pas toujours d'accord avec Pascal sur le plan des idées, loin s'en faut parfois, Mais enfin c'est un vrai poète et un homme sincère. Mieux vaut cela que des imposteurs et des faussaires, fussent-ils proches de mes idées. 

 

  

 

                          Un ciel ouvert en toute saison (extraits)

 

 

 Quand vous serez tout simplement là, lancées dans notre monde, dressées sur notre planète rocheuse ; prenez soin de vos âmes, suivez le meilleur du présent, oubliez le temps sur le fil au-dessus du néant.

 

 

***

 

 

 J’entends sonner les secondes. Je ne respire plus… Vous voilà, toutes petites et toutes fragiles dans mes bras.

 

Depuis, j’ai beau faire, j’ai beau ne pas faire : toutes mes sensations dépendent des vôtres. Je suis comme cette branche que le vent courbe, que la lumière éclaire.

 

Bonheur de ne plus être seul depuis votre naissance.

 

 

***

 

 

Tout est prêt en moi pour vous accueillir. Ceux qui passent sans s’arrêter sont témoins de ma joie.

 

Etre père, cela me rajeunit d’un coup.

 

 

Mais comment pourrais-je être le Père tout puissant qui sauve de la détresse ?

En existe- t-il au moins un ?

Les hommes de foi le croient pour qui les mains, le cœur de Dieu ne retiennent rien, mais s’ouvrent et reçoivent, donnent et s’abandonnent.

 Est-ce possible un amour qui aime sans retour ? Sans détour, sans prince ni princesse dans la tour ?

Je ne suis qu’un père, vaillant et défaillant, mais je ne me sépare jamais de vous, je vous nomme secrètement.

 

 ***

 

Vous deux, c’est joie et inquiétude, légèreté et déchirement.

 

L’amour que j’ai pour vous, je voudrais qu’il ne soit pas simplement un sentiment, mais aussi une puissance capable de triompher de la peur.

 

Une fois né, on n’a jamais tort de vivre.

 

***

 

…Presque vingt ans plus tard, je suis toujours là, à la même place.

Je vous attends.

 

J’attends l’inattendu et pourtant le déjà-là.

 

***

 

Je m’étonne toujours de la joie qui surgit de ce hameau et de ses noces merveilleuses entre la prudence des toits de chaume et le déchaînement du vent.

 

Je m’étonne toujours d’être autant ému par vos rires et vos élans.

 

 

Je m’étonne toujours que là où vous vous trouvez se trouve aussi la beauté.

 

 

Je ne pressens plus les orages, je ne cherche plus des abris.

 

 

Grâce à vous, je le sais, le paradis existe et nous n’en avons pas été chassé.

 

***

 

Le temps passe si vite, déjà l’armoire abrite les jouets d’une saison.

 

Les histoires lues à voix haute avant votre endormissement s’accordent à vos rêves, mais pour combien de temps encore ?

 

 

Ce soir, je déplie la nuit pour me joindre à votre sommeil en attendant de renaître comme ces lilas que le jour dénude.

 

 

Ce soir, je veille sur vous et je vous protège avant que vous deveniez comme ces surfeurs jouant avec les vagues immenses de l’océan, loin du rivage, loin de moi.

 

 

***

 

 

Ne faut-il pas vivre comme des dieux, ignorant l’heure qui sonne, voyant tout dans un éclair ?

 

 

Et savourer le lent cortège en fête des nuages dans le ciel.

 

 

***

 

                                    Une écharde dans la voix (extraits)

 

 

Certains soirs, quand je porte la fatigue du travail et des trajets, quand des choses amères précèdent mes gestes, je ne parviens plus à donner asile à vos visages.

 

 

Alors l’écharde dans la voix s’arme de patience dans l’attente d’une berceuse qui rendra à vos ciels ses fontaines.

 

 

***

 

Quand sur vos visages les larmes ruissellent, pour une dispute pour rien, mon énervement et mes phrases se confondent.

 

 

Un jour, lorsque vous serez plus grandes, je vous parlerai de l’acquiescement, de l’un et l’autre dissemblable et de ce qui se donne en se retranchant.

 

 

Si parfois vous oubliez, vous-mêmes et la vie.

 

 

Adoration et douleur, ensemble.

 

 

***

 

L’existence n’est pas une faute, toutes les chances s’offrent à vous.

 

 

D’ailleurs, le visage de vos enfances est toujours celui de l’océan au grand manteau de couleurs.

 

 

Vous grandissez et à vos yeux, je ne suis plus le dieu qui fait tomber les vents, sur les îles qui se réinventent. Pourtant, je poursuis le même chemin, avec des yeux de chair grands ouverts sur vos choix.

 

 

J’efface le jour en me jouant des bornes, je cueille pour vous toutes les roses qui m’absorbent lentement dans le vide. Je mélange les jardins, je mélange vos prénoms et j’essaie d’effacer dans la nuit ce trait de nuit qui dresse un mur noir.

 

 

***

 

 

J’écoute vos paroles en sachant qu’une voix quand elle chante, chante toujours un amour et sa perte et touche un instant le ciel, touche un instant l’abîme.

 

***

 

Le coquillage contre l’oreille pour rejoindre la mer, les initiales creusées sur l’arbre et ces mots quand vous redoutiez qu’un loup ne traverse le jardin : De quoi as-tu peur ? Je suis là. Dors.

 

 

Les entendez-vous encore quand l’automne gagne les fougères ?

 

 

***

 

Rien n’est vain.

 

Il faut laisser le silence s’installer dans vos cœurs, sourire sur le fil du péril, sécher ses larmes au soleil car les soleils sont des milliers, ils inondent les toits.

 

 

Ils inondent vos visages et vous enroulent dans leur chaleur.

 

***

 

 

 

Poème pour toi…

 

 

 

Qui frappe à tes paupières bleues

au puits du sommeil ?

Les griffes poussent comme l’exil

mais les fleurs secrètes de la pluie

ménagent ton visage adoré.

Tu sais, le chemin s’invente tout seul

et tu puiseras en toi-même

la force de tes désirs.

A présent que le jour se lève

sois la source qui embrase le ciel.

 
 

***

 

…et poème pour toi

 

 

 

 

 

Suspendue au-dessus de l’abîme

tu échappes aux sabres et aux périls.

Les mouettes s’élancent elles aussi

dans la chaleur brune de tes yeux.

Entends-tu la terre gorgée de lumière

qui murmure ton prénom ?

Et tandis que je trace silencieux

des figures sur le sol

ton cœur se déploie

dans l’espace soudain libre.

 

***

 

 

                                         Dans l’émeute du cœur (extraits)

 

 

 

Venez, écoutez : la mort, je le sais, dort d’un œil au cœur de la vie, mais la vie s’en moque.

 

 Elle connaît tous les ciels, tout l’or du soleil et des sources. Elle offre le goût du large et du sel et féconde chaque parole.

 

 Carpe diem.

 

 ***

 

 

Vos voix me réveillent, je leur reste fidèle dans le départ.

 

 

Je le sais, on ne va pas à la vie sans arrachement et sans perte.

 

 

Mais qui parle d’abandon ?

 

 

L’abondance sur la ville faisait mes délices, les livres par centaines m’avalaient dans le clair-obscur.

 

 

Je reste ici et j’attends que chacune ouvre la porte et la pousse.

 

 

Qu’une parole m’atteigne et je renais à la parole.

 

 

***

 

 

 

 

Moi, si je retiens les sensations traversées c’est pour qu’elles ne basculent pas dans l’oubli.

 

 

Et sous le ciel de vos yeux, parfois bleus, parfois gris, le poème n’est que le couronnement du jour qui passe.

 

 

***

 

 

Ne croyez jamais ceux pour qui terre et ciel, hommes et dieux, se sont envolés.

 

 

Ici, tout est présence.

 

 

Ici, les noces sont en attente de votre parole.

 

 

***

 

Je suis là, je serai toujours là pour vous.

 

 

Et je pense toujours à ce que nous avons vécu tous les quatre, car la fidélité envers les êtres consiste à leur garder en soi-même cette place intacte d’émotion.

 

 

C’est faux de croire qu’il n’y a plus de fenêtre.

 

 

***

 

 

Cela se joue ici, devant cette fenêtre où s’étale un ciel effrayant de bleu.

 

 

Cela se joue sur un visage qui se regarde sans s’aimer.

 

 

Cela se joue partout où le souffle doit franchir l’obstacle pour anéantir les frayeurs.

 

 

***

 

 

Je recueille vos silences.

 

 

J’attends que vous renaissiez et que, dénouées, vous poursuiviez votre élan, dans la lumière des neiges et des sables.

 ***

 

 

Surgissement, évanouissement

 

 

A vous de comprendre, à vous d’entendre

 

 

Me voici, je suis là

Je suis toujours là pour vous

 

 

Si c’est vous que j’appelle

                     Je n’appelle personne d’autre que vous

 

 

Je suis là et je m’en vais

M’effaçant dans la lumière d’un jardin

L’obscurité d’un arbre

 

 

Me voici

Ici

Mais pas ici même

Ailleurs

En partance

Mais ici

Avec moi-même

Sans être le même

 

 

Vous allez me croire

             Si vous m’entendez

Si vous entendez ma voix qui dit vos prénoms

Les prénoms que nous avons choisis pour vous

 

 

Leur infinie levée

Leur présence et leur écart.