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Paul Sanda

 

 

Paul Sanda est un poète et plasticien français né en Vendée en 1961. Sa poésie, souvent d’allure baroque, fortement influencée par le surréalisme, est imprégnée d’ésotérisme et d’Alchimie. Auteur d’une quinzaine de recueils ; il a été préfacé par Frédérick Tristan (ancien prix Goncourt), Marc Petit, Jacques Abeille…, illustré par Claude Bellegarde, JG Gwezenneg, Marc Janson, Olivier de Sagazan, Didier Serplet... Il est cité dans l’Anthologie des poètes maçonniques et symboliques, de Jean-Luc Maxence (Dervy), et aussi dans l’Anthologie Les Riverains du feu,de Christophe Dauphin(Le Nouvel Athanor, 2009). Sa poésie est magnifiée dans la biographie des Têtes Raides (Seghers). On a pu l’entendre s’entretenir avec Michel Cazenave sur France Culture, le 22 novembre 2008, dans l’émission Les Vivants et les Dieux. Il est également l’auteur d’essais ésotérique très remarqués, comme Haute Magie des pentacles de l’abbé Julio paru en 2009 aux éditions Trajectoire.

Paul Sanda dirige, à Cordes-sur-Ciel dans le Tarn, la Maison des Surréalistes, conservatoire d’archives et d’objets d’art ; il dirige également les éditions Rafael de Surtis, dans le sens du surréalisme historique et de ses prolongements, mais également dans des collections ouvertes à la prose poétique de haute écriture, à la poésie étrangère de qualité (Vesaas, Södergran, Carpelan, Hamsun…), à l’art (Coutaud, Demarne, Labisse…) et à la spiritualité.

 

Christophe Dauphin, dans sa belle anthologie Les Riverains du feu (Le Nouvel Athanor, 2009), dit de Paul Sanda qu'il "érige la révolte et l'amour comme remparts face aux tendances affairistes de la modernité." Voilà un vrai programme ! Pour moi, Paul Sanda explore la Vraie Vie, toujours souterraine et mystérieuse. Sa poésie, effectivement imprégnée de mysticisme et d'ésotérisme, rejoint le surréalisme dans ce qu'il a de plus juste mais aussi parfois ce qu'un temps on a appelé le nouveau réalisme, ainsi dans Slumming on Park Avenue. Cela fait son chemin doucement vers les tréfonds.

 

contact : sanda8233@yahoo.fr

 

 

Voilà : je me couche aux dernières lueurs du crépuscule, après un jour de léthargie et d’incapacité sexuelle… J’ai marché tout le jour – marché dans ma tête, en moi-même, dans la cruauté si réelle de Dario Argento... Je ne suis en rien fatigué, ni troublé... Enfin, mes forces sont errantes, comme des livres ouverts, au vent. Peut-être – sûrement – je pourrais conti­nuer comme ça éternellement... Je suis entré dans l’Inferno : et aucune voie de lumière pour me conduire à l’incertitude béate que je cherche : il ne m'est rien arrivé, parce que je n’ai aucune peur. Je vois la jeune femme qui respire, comme elle a pris par l’escalier du bas. Je pense : comme si la sortie pouvait être en bas... Mais tout à coup, l’Alchimiste est là, à ses fours, à ses feux… À ses feux d’enfer, à ses brûlots, à ses fers, qui brûlent et qui mordent… Je crois à cette Alchimie-là. Sans doute. C’est une mort étrange qui se prépare. Et la meilleure, c’est que je sais que tout est faux, que rien ne sera fini là, que tout va débuter, et qu’il ne manquera rien au développement, ni causes ni effets...

 

Donc : tout est rassemblé, compact, et cohérent. Les questions ne sont pas aveugles. Je ne sais pas la vérité, comme je n’invente rien... Je n’ai jamais rien inventé, mais la construction imaginaire me démentirait, évidemment, je n’en ai aucun doute... Dans  l’Inferno, à cet instant, il est possible qu'il fasse déjà nuit... Que même le jour se prolonge sans que nous puissions le voir, le deviner, qu’il se rétracte comme un grand oiseau clair, au plumage de cristal, entre le logos (le verbe) et le réel, entre le calme et l’irréel. Et voici ce que je prépare, la cruauté, le fortuit, l’incongru, le multiple, le sexe, l’arrachement, la vindicte...

 

Dario Argento sait forcément que je voudrais ne pas avoir d’idée, pas une seule, que je voudrais ne pas en vouloir…

 

***

 

I can’t get started

 

dire qu’à la fièvre de james baldwin j’ai failli brûler la pièce à feu de la vraie vie ah la décision d’un taxi jaune sous la pluie de mil neuf cent quatre vingt neuf & comme j’ai fini par descendre park avenue avec cette terrible inquiétude qui ne me laissera plus jamais avec tout ce qui séparera alors chaque blessure de la défenestration ô oui yes voilà que je ne pouvais plus me vouloir ni me pouvoir mais simplement mentir et puis ne plus jamais commencer

 

 

Blue moon

 

c’est maintenant que je dois être plus lent sur le béton car alors sur l’asphalte voici comme j’étais là tant emprunté de la lune de manhattan com-me chaque rue de cette transe comme à la tonitruance d'un certain état de fureur se disait ce que je devais défendre & que mon corps soit signifié jusqu’à ses portes obscènes si je devais ainsi brutaliser ma carcasse jusqu’à ce que l’indécente pieuvre bleue de l’enfance laisse enfin errer les odeurs de la passion physique ah c’est comme emprunté de la lune que j’ai voulu crier & cracher sur dylan thomas

 

 

 

Blue & sentimental

 

ô je ne pense pas que l'essentiel a déjà été dit mais c’est comme à l’ombre de l’éventail le sein offert les seins de sarah bernhardt oh & ce que je redoutais à son sexe unijambiste c’est qu’au chant des nigromans viendrait ce que ce parfum si sentimental pourrait y perdre ô oui c’est ainsi qu’à new-york se trouvait l'eau de vie du plus bel artifice voilà que je hurle & que je révoque les tables qui tournent à la puissante vapeur des esprits du sol & sous ton aisselle voilà que la beauté se manifeste & la persévérance le sexe ce qui est humide jusqu’à la fascination

 

 

Extraits de Slumming on Park Avenue (Rafael de Surtis, 2009)

 

***

 

Où a-t-on trouvé le cadavre ? Je dis : où ai-je trouvé le cadavre ? Et ai-je trouvé la fente du cadavre, ce que le corps laisse reposer dans le cœur de la viande, dans l’orifice béant de la chair ? Le corps se déchire, et la fente trace un étrange losange dans la chair. Une fente incroyable, sortie de la chair, par la peau et par la chair. Le corps s’ouvre ; coup sur coup, je le sens devenir frais. Ce que j’ai su dire de ce corps, c’est à ton corps de femme peut-être. Ce que tu as pu voir de la chair véritable n’est que la partie ouverte de mon corps mélangé.

 

Il croise ton corps, comme si chaque ouverture pouvait aspirer les aspérités évidentes de l’autre corps, et tout ce qui se déchire évidemment dans la profondeur de l’autre corps. Mais comment pouvais-tu penser un autre corps, avant la dispersion ? Savais-tu imaginer l’endroit du cadavre ? Ce qui a pu servir à sa dispersion... Le corps s’est fendu ; je ne sens pas ce que tu entends de la fente mais je sais te dire que la viande se froisse d’elle-même, avec sa propre chute.

 

Et si à cet instant tu te saisis de l’endroit du cadavre, il te sera pourtant difficile d’échapper encore à la dispersion. Le cadavre est la fin d’une prison claire, pour toutes les âmes ; c’est un malaise pour ceux qui ne voient dans la boue que la fin d’un triste flux. La fente est quelque peu vulgaire. Sans perspective. Comme sa profondeur ne se voit pas. Je ne peux saisir toutes les pièces nues de la fente, celles qui sont mises à nu, décharnées, les vulgarités du corps. Le cadavre s’est glissé entre mon ventre et le tien.

 

Si quelques jours plus tôt j’avais pu disparaître, tu aurais su découvrir le corps, seule, dans cette même ouverture ; la fente. Le tissu que j’ai déchiré sans le vouloir vraiment est fait d’une chair très fine. C’est ce qui a provoqué la dispersion : la désunion de chaque morceau de viande. Je perçois alors combien ton corps a pu voyager, de la fente à la profondeur, sans rien trouver. Je ne sais pas encore comment ton corps a pu glisser vers des aspérités qui ne lui appartenaient pas. Longtemps je t’ai cherchée, chargé de chaleur épanouie – je me suis tant étonné de ce corps, de la position du cadavre – mais la chaleur n’est pas apparue.

 

Qui a trouvé le cadavre ? Tu te rappelles le corps, comme il a perdu tout artifice ? Comme chaque pièce de chair est disposée autour d’un centre : la fente. C’est une sorte de rebord, un bourrelet. Un coussin de chair posé sur la rigidité de l’os. Je ne sais si ce corps peut entendre ce que tu déplaces de l’os. La sève de ce corps, c’est ton odeur, un encens qui caresse la pourriture. Je vois ton corps aussi. Je crois que tu n’as pas besoin de cette odeur de chair pour me montrer que tu peux faiblir : la chair est un instant de ce vide. Les corps, tu sais qu’ils recommencent toujours. À se bousculer, se percuter, se mordre.   

 

Je te devine déjà – ton corps avant la mort – je te devine, mais je ne sais rien de ton odeur réelle. Et même si je te respire, investissant la fente : je ne sais rien de ce que tes morceaux de chairs disent vraiment. Le cadavre, c’est ton cadavre : c’est un corps qui s’écoute. Sa fluidité n’est plus apparente : un sortilège a tout envolé. Pourtant, j’aperçois toujours la forme de tes glandes, de tes muqueuses, de tes tuyaux. Je peux le goût de tes liquides. Le plein de tes liquides.

 

Extraits de Toute la Vérité sur la Cadavre (Rafael de Surtis, 2009)