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Roland Nadaus

 

 

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 Poète, romancier, pamphlétaire, conteur et chansonnier, Roland Nadaus a publié sous son nom une soixantaine d’ouvrages (et quelques autres sous pseudonyme). Il a aussi bâti une ville, Guyancourt, dont il fut  élu 31 ans, et présidé la Ville Nouvelle de St-Quentin-en-Yvelines où il a créé une Maison de la Poésie. Une anthologie à L’Idée Bleue (choix par Jacques Fournier), lui a été  consacrée sous le titre : « Vivre quand même parce que c’est comme ça ». Prix international de poésie Antonio Viccaro 2007, décerné lors du Marché de la Poésie de Paris, en relation avec le Festival International de Trois-Rivières (Québec). Grand Prix 2009 de l’Académie des Sciences morales, des Arts et Lettres de Versailles et d’Ile de France « pour l’ensemble de son œuvre ».

 

 

DERNIERES   PARUTIONS :

La guerre des taupes (roman)

Confessions d’un whiskymane français (nouvelles)

Les grandes inventions de la Préhistoire (poèmes en prose)

Prières d’un recommençant (mars 2009)

La pieuvre qui faisait bouger la mer, suivi de Les escargots sont des héros (mars 2009)

Poésies de langue française, anthologie chez Seghers (mars 2009)

Les Riverains du Feu, anthologie par Ch. Dauphin, Le Nouvel Athanor éd. (juin 2009)

 

contact : roland.nadaus@wanadoo.fr

 

 

Roland Nadaus ne tutoie, dit-il, que Dieu et sa femme… En fait il dit "tu" aux poètes aussi, je l’ai vérifié à Durcet lors du dernier Printemps.

Et quand il réinvente la préhistoire dans un très beau recueil, quand il ose côtoyer la mort, il tutoie véritablement la poésie elle-même.

Quant à moi, je le tutoie car je tutoie ceux que j'aime.

 

 

RENAISSANCE

 

 

 

Immensément rien

Seigneur

dans ma propre vie

immensèment rien

je Te prie

 

 

 

 

Je recommence à marcher

vers Toi

avec

Toi

je suis l’enfant de Ton silence

immense

 

 

 

 

mais même immensément rien

je Te prie :

 

 

 

 

mes pas mes mots mes impossibles

sont ce désir tendu vers Toi

comme l’enfant vers sa mère

bras ouverts et bras en croix

 

 

 

 

J’avance dans cet immense

cloître

de Toi

 

 

 

 

j’y ai frères et amies

j’y ai des âmes aussi et qui prient

pour ma re-naissance

à Ton Esprit.

 

 

***

 

 

LUCERNAIRE

 

 

Voyant la lumière du soir

Haïti  j’écris

ton nom dans l’encre noire

de cette nuit

blanche d’os écrasés

de gravats et de corps mêlés

de sang

-noir ordinaire comme tous les sangs caillés–

 

 

Voyant la lumière de ce sang

à d’autres invisible je t’écris

dans ta nuit Haïti

 

 

 

mille fois crucifiée déjà et depuis

plus de cinq cents ans d’homme et que tu cries

–Liberté ! Liberté mes frères !–

 

 

Parvenu au couchant

de ma vie et voyant

ta lumière sombre illuminer

à nouveau le Nouveau Monde

Haïti je t’écris

–à l’adresse de Toussaint Louverture–

 

 

Toussaint que ce nabot de Napo

Léon à talonnettes fit mourir

de séisme lent

dans la froidure d’une basse-fosse avant

d’en faire brûler les restes à la chaux

–prophétique métaphore de ton aujourd’hui Haïti–

 

 

Il est digne de te célébrer

Haïti

et de te célébrer de voix saintes

en cette nuit d’horreur sans aurore

qu’une autre nuit

Car par tes morts et ton agonie

soudain tu redonnes Lumière

–à nos consciences éteintes–

 

 

***

 

 

 

 

La véritable Invention de la Mort

J’ai inventé la Mort pour ne plus avoir peur de te perdre - car seule la Mort ne sépare pas ceux qui s’aiment.

Tu m’enterreras avec mon arc  mes flèches mes bijoux de cailloux et mes mots de terre et d’os. Plus tard tu brûleras tout ce que la pourriture en aura laissé et dans une poterie de terre que tu auras toi-même tournée tu déposeras mes cendres et mes petits morceaux d’os mal consumés.

Tu placeras ce vase imparfait près de la tête de ton lit : ainsi nos rêves continueront de se parler. Dans un petit dé de terre cuite  par tes soins offre  cependant quelques-unes de mes  cendres à ceux qui m’auront aimé.

Et si c’est toi qui meurs avant moi, j’accomplirai les mêmes rites – mais si c’est notre amour qui meurt avant nous, ne compte pas sur moi pour que je lui invente en plus  la Résurrection ! Mais rassure-toi : je ne crache jamais sur des cendres : je respecte la Mort et surtout ses victimes.

 

 

***

 

 

 

 

Ne meurs pas !

 

 

       Ne meurs pas :

j’ai lavé la cuisine ce matin et elle est déjà sale

il vient de me pousser un onzième doigt ne meurs pas !

J’ai appris à manger la boue et le silence et je n’aime plus la musique et la musique ne m’aime pas il y a un manège dans la cour ne meurs pas ! il y a des chevaux de bois dans ma mémoire malade.

Ne meurs pas ! ne meurs pas le téléphone ne fonctionne pas encore dans le caveau de famille et les morts de toute façon s’y croisent les bras ne meurs pas : tu as oublié de fermer le gaz ta vie va encore déborder et tu vas me suicider une nouvelle fois ne meurs pas ! je n’en peux plus de t’aimer.

Je suis fatigué ne meurs pas car tu t’appelles Gaïa ma terre et c’est en toi que je renais j’ai acheté le journal ils en parlent ils disent que j’ai raison de t’aimer ne meurs pas ! ce n’est pas annoncé ce n’est pas en première page et je n’ai pas fini de t’aimer. J’ai réservé une table au Restaurant des Morts-Debout on y mange à l’envers sa propre vie en racines par les deux bouts je te le dis ne meurs pas il faut encore que je t’écrive et je n’ai pas commencé c’est tout juste si j’ai appris à t’aimer.

Ne meurs pas sans toi la solitude n’est pas solitude et je me vouvoie hors de moi dès que tu n’es pas là dis : ne meurs pas. Dis ne meurs pas quand même puisque je t’aime jusqu’à la fin de moi.

(Je ne tutoie que Dieu et ma femme, Jacques Brémond éd.)

 

 

***

 

 

 

 

SECRETS DE FAMILLE

 

 

Dans la maison des murmures

l’Enfance grandit en secrets

de famille

 

 

Ombres chinoises

sur un drap ensanglanté

le Grand-père joue les Don Quichotte

 

 

ou bien c’est la Mère

qui voudrait tout recommencer

mais qui n’est plus qu’une vague morte

 

 

ou c’est le Père d’état-civil

fier humilié

de ne rien pouvoir dire

 

 

ou c’est la Sœur

violée le Frère battu

jusqu’au suicide

 

 

ou c’est encore autre chose

de quelqu’Un de quelqu’Une

dont on ne saura jamais rien

 

 

Dans la maison des secrets

l’Enfance grandit sans murmures

– car les enfants devinent tout en silence –