Mélodie Quercron

 

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Mélodie

 


Mélodie Quercron, qui aime se revendiquer « fille du Sud », est née à Fontainebleau le 13 novembre 1991 et vit aujourd’hui à Paris. Étudiante de vingt-et-un ans admise au Master 2 de Lettres Modernes Appliquées à la Sorbonne, elle se destine à une carrière d’éditrice.

Parallèlement à ses études, elle participe à la création de Global Éditions. Cette maison suit la ligne éditoriale de Global magazine qui contribue à apporter des réflexions sur le monde contemporain (http://www.globalmagazine.info/). Mélodie rédige de temps à autre des chroniques littéraires pour ce journal.

Passionnée de littérature, elle écrit de la poésie depuis l’âge de neuf ans. Son inspiration trouve sa source dans ses racines méditerranéennes mais aussi au gré de rencontres et de paysages. 

Elle a été publiée dans plusieurs revues (« Libelle » en 2012, « Gelée Rouge », « Lélixire » des Éditions Robin, « Les Cahiers du Sens » des Éditions Le Nouvel Athanor et « Arlu » d’Arlu Éditions en 2013) ainsi que dans le recueil collectif Nostalgie des Éditions Sokrys en 2012. Prochainement, quelques-uns de ses poèmes paraitront dans le vingt-et-unième numéro des « Cahiers de la rue Ventura ». Elle est également en train de constituer son propre recueil de poèmes.

 

Mélodie a tout juste 21 ans et n'a pas publié un seul recueil. Je l'ai découverte avec le dernier numéro des "Cahiers du Sens". Tiens ! Comme moi, au même âge, elle publie dans le revue de mon grand frère Jean-Luc Maxence. La nostalgie soudain me prend mais une nostalgie qui, ainsi que l'aurait dit Cocteau, a une grande "mémoire de l'avenir" car c'est l'avenir qui nous sourit ici. Et quel sourire !

"Une vie ne suffit pas/A tout recommencer", écrit superbement Mélodie comme si précisément elle avait soudain, non sa belle jeunesse, mais mon trop grand âge. On pense à Aragon (merveilleusement mis en musique par Brassens) à cet instant : "Le temps d'apprendre à vivre il est déjà trop tard". Mais le poète écrivait cela à 60 ans et Mélodie en est très loin. Encore un océan de temps à franchir même si la caravelle de la vie est parfois plus rapide qu'on ne croit. Et cette surprenante lucidité vient avec l'aveu d'une humilité bien trop rare aujourd'hui et... difficilement concevable chez une jeune poète (au diable le mot "poétesse" qui sent la pétasse !!!) : "je ne suis que moi", dit-elle. Moi, justement, à son âge, j'avais encore un stupide orgueil, je me croyais un génie et je voulais vivre de ma poésie. Soit consacrer ma vie à ce stupide orgueil. Et donc me transformer en épicier, et donc fuir la poésie. Quelle sottise ! Mélodie est donc en avance sur moi de plusieurs décennies et je suis jaloux de cette précocité, de cette lucidité. Et je vois combien, à son âge, j'étais encore bien lourdeau et stupide... Heureusement c'était il y a longtemps et on a oublié !

Ici, j'ai envie de m'adresser directement à toi, Mélodie, car c'est à toi que je donne ces mots, car c'est toujours au poète que l'on écrit quand on écrit sur lui. "La vie cessa d'y croire", dis-tu ailleurs. Moi, je sens que ta vie n'est pas prête de cesser d'y croire et je crois, moi, aux vrais poètes comme toi quand ils ont tout à la fois cette belle fraîcheur et cette humilité : oui, car les deux vont bien ensemble. Quand ces poètes savent aimer simplement et comme tu dois savoir donner ! C'est inscrit dans la chair de tes poèmes. Quand on en est là, même les petits défauts deviennent des pépites qui nous écartent du lisse et du sans saveur... des sans amour. Alors n'écoute pas les veilles barbes comme moi qui te diront, avec une certaine condescendance, qu'il faut écrire comme ceci et comme cela, qu'il faut faire comme ci et comme ça pour écrire de grands poèmes comme... les leurs bien sûr ! Continue ton propre sillon avec cette obstination qui n'exclut pas le remords mais lui donne sens et te donnera le courage de mieux labourer encore tes mots. L'écriture est une aventure solitaire. Très solitaire quand bien même elle est aussi nécessairement solidaire. Même, et surtout peut-être, pour les plus "grands". Et cette solitude ne t'empêchera pas, bien sûr, d'aimer ton bel amour, tout au contraire. Car le poème se nourrit de la sueur de l'amour.

Bien des petites grenouilles gonflées de leur ridicule orgueil auront explosé le jour où on comprendra combien tes mots sont vrais. Parce que tu "ne seras que toi". Simplement. Et c'est déjà beaucoup !

Je t'ai dit là plein de choses... sincères simplement. Elles peuvent t'aider à prendre des forces peut-être. Car on a encore besoin, à 21 ans, de ce lait que peuvent donner les "aînés" quand justement ils ne viennent pas, comme je l'ai dit plus haut, donner des conseils d'écriture du haut de leur stupide suffisance. Mais surtout, Mélodie, j'ose quand même une "recommandation" (ah, l'imbécile finalement !)... qui n'est pas "conseil d'écriture" mais... de vie : ne prends jamais la grosse tête. Ce serait la pire connerie. Tu deviendrais alors toi-même con-descendante. Tu perdrais alors le souffle vivant de tes mots. Et la poésie y perdrait à jamais ta voix.

Longue et belle route. Que la vie te soit, non pas douce, mais forte !

 

 

A mots perdus

 

Un archange éternel confiné dans vos mains

Languissait les silences étouffés,

Pâles hochets du langage que je connais si bien.

Ces titubements blafards

Qui me rappellent que je ne suis que moi

Et qu’une vie ne suffit pas

A tout recommencer

 

***

L’hiver

 

La frange de tes yeux c’était l’oubli

un oubli féroce qui un soir de décembre m’attacha au givre

incandescent.

Il y avait ton orgueil brun, éclat sempiternel

de la lune endormie. Elle,

vacante dans ses silences

lourde comme une âme que le diable refoule

étouffait dans sa galerie de cristaux.

 

 ***

  Le geste

 

Puiser le geste que je tends

ça m’a pris des secondes.

Tel un fruit arrosant le nectar des beaux jours

à demi suffocant…

Multipliant les ébauches j’ai longtemps essayé d’apprivoiser

le temps

Saisir un moment dans le jour

qui pressait le fruit.

Le distinguer parmi la nuit.

Mais toujours il mourait

las le ciel est là et ta main à côté

arrimant mon soleil je saisis tes années

tes mains endimanchées.

 

***

 

Clair-obscur

 

J’aspire aux dentelles, aux brumes d’oliviers

Qui le soir s’amoncellent.

La fourmilière des cendres dénonce son chemin,

Celui de l’opacité clairvoyante.

 

***

 

Renaissance

 

Distingue-moi partout

Mais jamais à côté

Quand la foule comme un cri

Etouffe mon ego

Cela comme un faubourg,

Vrai opium de l’être.

 

Ranime-moi partout

Mais toujours à jamais

Que je sois Notre-Dame

De cette foule en liesse

je distingue

je ranime

la Renaissance de l’homme

je suis la pierre de touche de l’être incarcéré.

 

***

 Le tableau

 

Sentiers en course molle s’égrènent dans mes yeux confus

abîmés, hallucinés, dévêtus

des fières espérances qu’on me disait trop vaines

A l’orée, l’épicentre de la terre :

l’arbre peuple les monts et m’écorce les yeux.

craquellent les contours

les formes

les seins du ciel

les couleurs blafardes

la peinture

mes paupières.

Suspendu le cours du chemin, dans un cadre mural

que jadis un ébéniste orna d’or.

 

***

L’envers

 

Le café suinte d’embellies

cinglant succès des fièvres de la guerre

apportez-moi un verre

et la serveuse au p’tit cul

débouche des embardées doucereuses

que nos bouches acculées

éternisent

comme la nuit qui n’en finit plus de gicler

sur les réverbères, wagons et sentiments.

Et la serveuse de gicler

bouteilles et langues

molles

en veux-tu en voilà, vois si la nuit tiendra

le fil de nos transports

corrompus par le breuvage de la cécité.

 

Dans cette course au silence, se cache le cri de guerre.

 

***

 Chastes sentiments

 

Chastes sentiments

Confuse tu te balances

Dans la soie souriante

Un verre à la main et le vin

Dans le teint de ta peau.

Que devins-je ?

Je voudrais être le verre ou le vin ou le teint

Ou bien ne sentir rien

Aucun battement de vie dans mon cœur incertain.

 

Et me donner aux anges.