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Serge  Núñez Tolin

 

 

 

Serge nunez

 

 Droits réservés Núñez Tolin, Serge & Otten, Patrick/2008

 

L'auteur naît à Bruxelles en 1961 où ses père et mère sont arrivés d'Espagne dix ans plus tôt. Son père "Niño de la guerra" fut recueilli par une famille bruxelloise de 1937 à 1939.

 

 Licencié et agrégé en histoire de l’art des civilisations non européennes (Université libre de Bruxelles).

 

 Quatre livres sont parus à ce jour sous le titre générique de Silo (Bruxelles, Le Cormier, 2001-2005).

Un cinquième auprès du même éditeur : L’interminable évidence de se taire a paru en 2007.

Collaborateur de diverses revues littéraires belge et française. Présenté dans trois anthologies. 1°) Anthologie bilingue de José Luís Reina Palazón intitulée Antología de la poesia belga en francés (Palma de Majorque, Calima ediciones, 2004). 2°) Résonances de Marie-Clotilde Roose, anthologie des poètes présentés au Théâtre-Poème par le Cercle de la Rotonde. 3°) Liliane Wouters & Yves Namurdans Poètes d'aujourd'hui. Une anthologie de la poésie francophone de Belgique.

 

 

Contact : gs.nuneztolin@skynet.be

 

Avec ce sens de la marche, s'inscrit dans nos pas une poésie méditative et ciselée, se manifeste une vraie présence qui arrête le temps.

 

 

 

Le sens de la marche

(en traversant l’intérieur des terres)

 

 

extraits

 

 

 

 

pour Fernand Verhesen

 

Trilles du merle, ouvrant dans son effroi, l’espace de la fuite. Joie du vol par delà les murs du jardin. Clarté mitoyenne.

 

 

Ecrire sous la dictée du corps, saisir ce qui se présente et, avant toutes choses, le présent qui vient avec.

 

 

Rien ne nous est dissimulé sous le regard, tout est là : ici, où nous sommes ; tout est là comme d’une seule venue dans un présent continûment à portée : s’en saisir indiquerait le sens de la marche.

 

 

***

 

 

Avancer, de ce mouvement qui porte à s’identifier à la marche, avancer d’un pas tendu.

 

 

À l’instant même de devenir la marche, n’étant plus que le pas : tension du présent.

 

 

La marche ne prend aucune direction, aimantée par elle-même, elle va du présent au présent, de l’instant d’après vers l’instant naissant.

 

 

Poser le pas à terre, tenir debout. Trouver au sol, la direction à prendre.

Cette intensité des pas au fil de la pensée. Résistance de la marche : le paysage est une tension.

 

 

 

 

***

 

 

 

 

Marcher dans le corps, l’oreille collée au monde, pas à pas rattraper le paysage, entrer dans l’instant, à chaque instant ; constante montée dans la foulée du marcheur : respirer, parler, marcher, voilà le trajet des jours, les travaux du corps.

 

 

L’homme, voisin du monde où il s’engage, marcheur étroit, fragment dans l’espace où il se tient, debout, comme une existence en avant d’elle-même et, pour cela, penchée dans le sens de la marche.

 

 

Présent inachevé où tout viendrait prendre place : la pensée qui n’agit qu’à faire le vide en elle, foulée qui n’avance qu’à faire de chaque pas son point de départ, respiration.

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Marcher en efforçant ma foulée à se défaire de ce qu’elle n’est pas. Se défaire de ce que la marche n’est pas, ne laisser que les pas. Ce que l’on fait : défaire.

 

 

Des pas vers la présence, montée de l’homme en lui-même. Conscience qui dit tu à l’autre, jusqu’au tutoiement du paysage dans le silence des pas.

 

 

Tout est dit du silence, à quoi rien ne demeure étranger du silence que l’on fait.

 

 

***

 

 

 

 

C’est pourquoi nous marchons car chaque pas est une mesure à notre dimension.

 

 

En marchant, se rapprocher davantage que je ne le suis de ce qui m’entoure, mon corps, la respiration, le paysage, le corps des autres, leur respiration et ces arbustes là, en fleur, au bord du chemin.

 

 

A cet instant de la marche qu’est chaque instant passant.

 

 

 

 

***

 

 

 

 

Sur cette voie où l’on rencontre l’absence, trouver dans la station debout, cette marche qui nous conduit, droits et ténus, entre le je et le tu du monde.

 

 

A quelle vitesse sommes-nous là, occupés à disparaître, épuisés par les ressources du temps ?

 

 

Je prends le ciel dans l’air et l’en retire pour voir ce qui reste lorsqu’il pleut.

 

 

Lieu de la marche, sans sommet d’où jeter un regard à l’horizon : désir d’un lieu.

 

 

***

 

 

 

 

 

 

Ici et maintenant qui nous détachent vers un sens immédiat emportant l’intuition comme un corps nu.

 

 

Se tenir au bord, ayant devant soi ce qui ne soutient aucun pas ; faire des lisières son propre paysage, noué à l’impatiente attente, cette marche qui est le pas et le sol.

 

 

A l’orée, paysage d’un instant, pas sans fond à perte de vue, pour lequel l’horizon n’est pas un refuge, plutôt, le fil que l’on suit entre deux vides.